Le symbolisme des mains

RÉFLEXIONS :

LE SYMBOLISME DE LA MAIN
par Daniel Meurois

« Il a mis un sceau dans la main de tout homme afin que tous puissent connaître Son Œuvre »…

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Les mains, outil du coeur de l’âme !

« Cette phrase, extraite de l’Ancien Testament ( Job XXXVII, 7 ) a souvent retenu mon attention. En effet, il n’est pas nécessaire d’être théologien ni même exégète pour deviner tout ce qu’elle sous-entend… car, à vrai dire, elle sous-entend beaucoup !
Elle parle très clairement d’une trace permanente de la Présence du Divin en tout être humain, un véritable héritage qui se confond avec sa main tout entière et qui grave un certain Souvenir en lui. En fait, elle décrit un legs inaliénable résumant à la fois l’origine et la destination de chacun de nous.

Un sceau officialise et exprime par nature une sorte de dignité. Celui qui le brise pénètre un secret, il entre inévitablement dans une intimité.
Bien sûr, quand on se penche tant soit peu sur cette affirmation exprimée dans le Livre de Job, on pense tout de suite à la chiromancie, cet art qui, dit-on, permet de lire la destinée d’un être dans les lignes de sa main. Pourtant, à tout bien considérer, je crois qu’il serait dommage de s’en tenir à cet aspect des choses car ceux qui s’engagent sur une voie de recherche intérieure savent fort bien que ce n’est pas la connaissance du destin d’un être humain qui enrichit le cœur de celui-ci et le fait progresser.

Ce n’est donc pas vers l’aspect divinatoire qu’offre la main que je me propose de vous emmener tout au long de ces quelques réflexions. Prédire de quoi demain sera fait est une chose mais comprendre comment le Divin œuvre en nous à chaque instant et de quelle façon Il cherche à nous parler à travers certaines parties de notre corps en est une autre, beaucoup plus essentielle à notre épanouissement.
À cet égard, nul doute que nos mains peuvent à elles seules faire office de portes. Elles nous invitent à pénétrer plus au dedans du mouvement de la Vie en nous.
Ainsi qu’en témoignent quelques expressions qui tracent toutes une sorte de fil conducteur entre la puissance palpable de l’incarnation et celle, plus subtile, de l’âme qui palpite au creux de notre poitrine, notre culture semble en avoir intuitivement la perception.

Lorsque nous tendons la main à quelqu’un ne posons-nous pas un geste concret venant de notre cœur en direction d’un autre cœur ?
Et après le baise-main révérencieux d’autrefois, la tradition – bien qu’en chute libre aujourd’hui – ne pousse-t-elle pas encore un homme à demander la main de celle qu’il aime, lui promettant ainsi de marcher la main dans la main avec elle ?
De fait, le cœur et la main sont constamment assimilés l’un à l’autre comme si cette dernière avait pour mission de traduire les mots silencieux du premier à tel point que tous deux entretiennent une forme de complicité pour dire l’amour et la force que cet amour engendre.

De façon remarquable, ce qui vaut pour la dimension humaine vaut pour le rapprochement avec la dimension divine ou traduire la proximité de celle-ci d’avec l’ordre du temporel.
Le principe de la bénédiction, par exemple, qui est traduit au moyen d’un geste de la main, en constitue sans doute l’une des expressions les plus évidentes, tout comme celui de la prière accomplie spontanément les mains jointes. Là encore, les mains constituent un pont entre la rive du profane et celle du sacré.

Une voie de communication qui peut s’affirmer de manière éclatante lorsque l’on parle de guérison par imposition des mains. Un don reconnu, entre autres, aux rois de France qui étaient jadis réputés pouvoir soigner miraculeusement les écrouelles de cette façon.
Historiquement parlant, il est d’ailleurs également intéressant de noter que les souverains qui se disaient ¨de droit divin¨ ont généralement été représentés avec une ¨main de justice¨ en guise de sceptre… ce qui ne les empêchait guère d’avoir arbitrairement le main-mise sur bien des choses…

Quant aux serments de fidélité ou de vérité, notre société a toujours conçu qu’ils devaient être prêtés en levant la main, comme pour garantir l’authenticité du cœur.
Tout cela, bien sûr, pourra-t-on objecter, nous ramène systématiquement à notre Occident judéo-chrétien et même jusqu’aux racines de celui-ci puisque, toujours dans l’ordre du biblique avec lequel nous avons commencé notre réflexion, le symbole d’une certaine Myriam, sœur de Moïse, est une main protectrice que l’on nomme Hamsa. Sans doute une telle main et ses implications sont-elles gravées dans notre inconscient collectif…

S’en tenir à cette observation serait cependant faire abstraction de l’Islam dont l’un des principaux symboles de protection est également appelé Hamsa ou Khamsa. Il s’agit également d’une main déployée. Ce n’est évidemment pas celle de la sœur de Moïse, mais de Fatima, l’une des filles du Prophète Mahomet… Une main qui, parfois, est enrichie d’un œil dans sa paume, l’œil du Divin, celui qui sonde les cœurs…
Une main aussi qui exprime inévitablement le nombre 5, nombre sacré puisque révélant la Quintessence de l’être, celle que l’homme se doit de mettre à jour par l’intelligence de son cœur…

Un nombre auquel ne sont pas non plus insensibles les Chrétiens puisqu’ils y voient la Quintessence de l’être, un état de réalisation exprimé par la Croix dont le point central représente le Principe christique en pleine offrande de Lui-même.
Mais élargissons encore un peu notre réflexion à ce propos, en n’oubliant pas d’évoquer cette même main Hamsa très à l’honneur chez les anciens Phéniciens qui, en la portant ou en la dessinant, demandaient la protection de la déesse Tanit… un autre nom pour Isthar. Isthar… la planète Vénus, celle-là même que les Esséniens nommaient ¨Lune-Soleil¨.

Comment ensuite ne pas aller un peu loin et tourner nos regards vers l’Orient où les Traditions hindouiste et bouddhiste accordent aux mains une place de première importance ?

Il suffit de se pencher quelque peu vers l’art sacré de ces deux cultures sœurs pour constater à quel point les mudras des mains y occupent une place majeure. Les mudras, rappelons-le, sont des gestes qui entrainent des déplacements d’énergie et traduisent ou amplifient ce qu’on peut appeler des attitudes spirituelles. Si la tête et le corps tout entier peuvent en réaliser, ceux accomplis par les mains s’avèrent cependant particulièrement précis et puissants en signification.

Ils sont les témoins d’une connaissance extrêmement profonde de l’anatomie énergétique du corps humain ainsi que des rapports que celui-ci entretient avec le cosmos en tant que manifestation de la Présence divine.
Dans ce contexte, le pouce exprime l’Inconnaissable – ou Brahman – l’index, l’énergie de Jupiter – principe de Justice – le majeur, celle Saturne – maitresse du Temps – l’annulaire, celle du Soleil – force de Vishnou, principe du Fils christique universel – et enfin l’auriculaire, la puissance de Mercure – porteuse des informations en provenance du Divin… et qu’il nous faut savoir entendre. Ainsi donc, quand, de façon amusée, nous disons que nous allons ¨demander quelque chose à notre petit doigt¨… ce n’est peut-être pas si anodin que cela !

La pratique des mudras permet d’expérimenter le fait que, dans leurs positions et leurs connexions, les doigts de la main et la position de la main elle-même stimulent et mettent en contact tel ou tel aspect de la conscience avec les différentes sphères de la Réalité divine. Ainsi, y a-t-il des mudras de sagesse, d’illumination, d’humilité, de maîtrise de la personnalité égotique, etc…
On aurait tort de s’imaginer que les gestes précis que la main peut ainsi accomplir ne représentent qu’un ensemble arbitraire de codes et de symboles ne traduisant rien d’autre que des intentions ou des attentes intérieures.

En effet, les doigts de la main, et la main dans son ensemble, sont parcourus par tout un réseau de ¨micro-nadis¨ qui fusionnent en un chakra précis au niveau du poignet – rappelé par le clou de la Crucifixion – pour ensuite former un nadis majeur remontant le bras jusqu’à l’épaule et enfin redescendre jusqu’au cœur, telle une bretelle transversale.

C’est en vertu de cette connaissance que les Esséniens se saluaient en posant leur main droite sur leur cœur. En accomplissant ce geste plusieurs fois par jour, ils ne faisaient que boucler la plus belle des boucles : ils réalisaient un mudra de force et de vérité. Ils célébraient le Rayonnement divin à partir de son expression cosmique jusque dans sa continuité à travers l’incarnation.
Les plus initiés d’entre eux, comme ceux de toutes les grandes Traditions, avaient fort bien conscience que l’univers se prolonge en l’homme de sorte que ce dernier puisse le projeter à son tour par sa façon d’être et de créer.

C’est à partir de ce ce lien intime unissant la ¨main cosmique¨ de l’être humain aux sphères de l’Esprit qu’est né l’un des aspects les moins connus d’une discipline d’Éveil extrêmement secrête, celle du Tantrisme cachemiri. Cette discipline est composée d’un ensemble de pratiques auxquelles fut initié le Maître Jésus et que celui-ci communiqua par la suite à quelques rares disciples dans un but de réconciliation suprême entre le dense et le subtil.

L’une des particularités de cette méthode d’Éveil se traduit par la connaissance d’un rapport très étroit existant entre chacun des doigts de la main et cinq des principaux chakras du corps humain, eux-mêmes en relation directe avec nos cinq sens.
Selon cet enseignement, le pouce serait lié au sens du toucher, l’index à la vue, le majeur à l’odorat, l’annulaire au goût et enfin l’auriculaire à l’ouïe. Cette tradition hautement initiatique considère que les sens ne sont pas les ennemis de l’ouverture de la conscience ainsi qu’on le pense souvent mais que, bien compris et bien maîtrisés ils deviennent les exacts prolongements de notre âme et de notre esprit. Parlant à la fois le langage de la Matière et du Lumineux, les sens sont alors réputé nous introduire au Divin derrière toute dualité.(1)

Imaginer le Christ enseignant une telle connaissance à quelques très rares proches disciples dresse tout de suite de Lui un autre portrait, beaucoup plus ouvert que celui que l’Église a figé à travers le supposé et désespérant conflit entre la Matière et l’Esprit.

Considérée avec ce regard, la main devient plus que jamais un trait d’union, un extraordinaire instrument de Réconciliation.
Pendant ce temps-là, les Grecs, dans leur propre quête de la Sagesse évoquaient tout particulièrement l’existence d’un nadis partant du cœur de chacun d’entre nous et se prolongeant jusqu’à l’annulaire gauche. Ils l’appelaient, traduit en latin, la ¨vena amoris¨, autrement dit la ¨veine de l’amour¨… une connaissance sur laquelle s’est basée la coutume très répandue en Occident de porter l’anneau de mariage à ce doigt.

Certaines de nos Traditions sont manifestement codées et nous renvoient à une approche de nous-même que, bien souvent, nous sommes loin de soupçonner… »

(1) Voir ¨Le Testament des trois Marie¨, chapitre VII (La chambre nuptiale), aux Éditions Le Passe-Monde.

 

Daniel Meurois
Prochaine publication : Le symbolisme du pied

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